Dvorak, Symphonie 5, Concerto pour violoncelle - Maximilian Hornung

Dvorak c'est le folklore tchèque. Dès les premières note de n'importe quelle de ses oeuvres on sait à qui on à affaire. Il a une empreinte bien à lui, autant dans l'harmonie, l'orchestration que les mélodies.

Cette symphonie no.5, bien moins connue que la 9e, n'en est pas moins intéressente. Dès les premières notes Dvorak capte notre attention par ses rythmes inatendus, ses couleurs orchestrales fraiches parlant d'un pays lointain. C'est plein de passion, d'originalité. Je ne me suis pas ennuyé un seul moment dans cette symphonie, tout y est réussi.

Au départ je voulais aller à ce concert pour entendre le concerto pour violoncelle de Dvorak ,que j'adore, qui est d'un génial absolu, que j'ai moi-même accompagné au piano quelques-fois et que je me réjouissait d'entendre joué par Truls Mork que je n'ai jamais entendu en concert. J'ai été surpris de voir la veille que ce n'était plus Truls Mork mais Maximilian Hornung qui jouait.

Ce jeune violoncelliste, qui m'était totalement inconnu, m'a completement surpris par son jeu vif, juste, énergique et très inventif. Je crois que l'on à rien perdu au change, découvrir un talent pareil ça fait toujours plaisir. Le concerto est vraiment poignant, j'ai eu plus d'une fois les larmes aux yeux, certains thèmes sont tellement beaux que j'aurais pu mourir heureux après les avoir entendu.

Woyzeck de Spuck au Ballet de Zürich

Je n'ai pas souvent été voir des ballets dans ma vie, mais les fois ou j'y suis allé j'ai toujours été très marqué. Cette fois-ci également. La danse alliée à la musique a véritablement une très grande force d'expression. Il ne s'agit en réalité que de gens qui bougent leur corps en synchronisation avec de la musique, sans paroles, sans texte, sans explications véritables, mais cela dégage d'autant plus d'émotions. Ces corps faisant des mouvements inhabituels, paraissant tantôt absurde, chocant, malade, idiot, tantôt élégant, fluide, léger, tout cela a un impacte très puissant sur notre réceptivité émotive. Allié à une musique bien chosie, c'est même dévastateur.

Christian Spuck, le nouveau directeur du Ballet de Zürich, à l'air d'être un homme inspiré, novateur et cultivé. Les gestes qu'il fait faire aux danseurs m'ont eu l'air d'être un savant juste milieu entre tradition et modernité. Une façon de rester dans un cadre tout en proposant du nouveau. Il s'agit presque de théâtre, les personnages étant tellement carricaturés, c'était évident, clair et très expressif. Certains gestes étaient grotesquent, donnant une touche humoristique à cette histoire finalement très triste.

Le personnage principal, dansé par Jan Casier, qui danse presque en permanence et dont on peut hautement saluer la performance physique exceptionelle, subit un sort terrible entre sa malchance, sa femme qui en aime un autre, les traitements chocants des médecins qui font des expériences sur lui, et la folie qui finalement l'empare l'amenant à tuer celle qu'il aime. Tout cela accompagné par une chorégraphie tissée comme une savante toile de mouvements font de cet oeuvre de Christian Spuck un chef d'oeuvre du Ballet à mes yeux.

Zimmermann-Zinman, Mozart-Brahms

Magnifique concert qu'était celui d'hier soir, vendredi 17 octobre 2013. Frank Peter Zimmermann, artiste en résidence du Tonhalle-Orchester Zürich, joue le concerto de Brahms les 16,17 et 18 octobre 2013 sous la direction de David Zinman.

Mozart c'est toujours génial, et parfois même plus, comme c'est le cas pour cette symphonie dite Jupiter, la 41 ième, KV 551, soit la dernière d'une longue série! L'orchestre du Tonhalle a une fois de plus prouvé qu'il est excellent, parfait dans ce style classique, magnifiquement juste et leger. Il n'y a pas eu une seconde à vide dans toute la symphonie. Même dans le troisième mouvement, Menuetto, qui en général est le plus ingrat à défendre. C'est biensûr surtout dû à Mozart, car encore une fois j'ai réalisé que quand on écoute vraiment bien ces oeuvres, qu'on les connaît un peu, c'est une source infinie de beauté et d'émerveillement. Il y a tout dans ces oeuvres: drame, beauté, tragic, humour, sérieux, symétrie, surprise et j'en passe.

Après ce premier chef-d'oeuvre on est passé à un autre, cette fois-ci un monument pour le violon. On dit que c'est un des concertos les plus difficiles du répertoire pour violon et je dois dire que Zimmermann ne nous à pas du tout donné cette impression. Il a clairement une technique qui lui permet de flotter au dessus de ce genre de problèmes. Même si ce n'était pas toujours parfait, Zimmermann est convaincant et s'affirme en musicien d'une grande excpérience, passé depuis longtemps maître en l'art de sortir des sons magiques d'une caisse en bois avec des cordes. Je me souviens d'ailleurs très bien l'avoir découvert à Bruxelles, lors de mes études au conservatoire, par son enregistrement des 6 sonates pour violon solo de Ysaÿe. En bis il à joué le prélude de la deuxième partita pour violon seul de Bach, décontracté, fluide et terminant avec une note d'humour, laissant aller son archet vers le sol sans bouger après avoir joué la dernière note.

Depuis quelques temps on pouvait voir partout dans Zürich des affiches annoncant les trois concerts de Zimmermann. Ci-dessus, une de ces affiches lorsque je passait devant près de hardbrücke avec une amie modele: Senta Camille et son mignon petit chien.

Verdi, Otello, Zürich, 16 octobre 2013

Je dois dire honnêtement que j'ai été moins transcendé par Otello que le Rigoletto de Verdi. Il faut dire aussi que je ne l'avais jamais entendu et ne connaissait que très sommairement l'histoire. Ca change forcément tout. Connaissant Rigoletto presque par coeur j'ai eu beaucoup plus de plaisir à l'écouter et connaissant bien l'histoire je pouvais suivre tout sans difficulté. Comme quoi l'Opéra, comme la musique en général, on apprend à l'aimer, ça ne vient pas de soi.

Mais peu importe, j'ai quand même bien apprécié cet opéra et j'étais ravi de le découvrir. La mise en scène par exemple m'a beaucoup plus plu que celle de Rigoletto qui était pour ainsi dire absente. N'étant pas un fan des mises en scènes conceptuelles avec une scène vide, j'ai apprécié un peu plus celle de Otello tout simplement parcequ'il se passait un peu plus de choses sur scène, il y avait plus de décors et donc plus à voir.

Otello est un des derniers opéras de Verdi et j'ai trouvé que son écriture se rapproche beaucoup plus de celle de Wagner que Rigoletto par exemple, qui, comme La Traviata, s'inscrit encore dans un style que l'on pourrait qualifier de plus leger, contrairement à celui d'Otello que je qualifierais par opposition de plus lourd, les voix d'hommes et les choeurs y étant bien plus présents..

Le début du quatrième acte m'a particulièrement enchanté. Plus précisément les trois airs que chante Desdemona, qu'incarnait magnifiquement  Maria Agresta. La chanson du saule et l'Ave Maria ont retenu mon attention et ma respiration pour un long et beau moment, sommet de l'opéra avant de terminer tragiquement, comme très souvent chez Verdi et Shakespeare.

Nelson Freire, Beethoven 4, Mahler 1

Cette saison 2013 - 2014 il y a deux choses que je ne voulais pas rater: les symphonies de Mahler et Nelson Freire. Il se trouve que le 13 octobre 2013 Freire jouait le 4e concerto de Beethoven et en deuxième partie était prévu la première symphonie de Mahler avec l'orchestre symphonique de Sao Paulo sous la direction de Martin Alsop (que j'avais déjà vu diriger lors des finales d'un des derniers Concours Reine Elisabeth en Belgique).

La première oeuvre était Terra Brasilis de Clarice Assad, fantaisie sur le thème national du Brésil. Bien que courte, cette oeuvre était assez amusante et folklorique. J'ai cru entendre plusieurs allusions à d'autres thèmes que je ne connaissait malheureusement que d'oreille.

Après que le piano ait été placé au milieu de la scène, notre cher Nelson Freire est entré à son tour d'un petit pas détendu qu'on lui connaît bien, à salué humblement le public s'est assis au piano et à commencé à jouer l'introduction en accords de ce magnifique concerto no.4 de Beethoven. Puis l'orchestre lui à donné la réplique en répétant le thème. Une chose m'a frappé, autant chez Freire que l'Orchestre, qui à mon avis est une caractéristique des pays du Sud et de ce fait très différent des orchestres suisses: le fait qu'ils privilégient l'émotion à la précision. Il ne s'agit pas du tout d'un manque de précision chez Freire mais il était assez clair que ce pianiste à une sensibilité musicale qui prime sur le souci de jouer toutes les notes sans fautes, bien qu'il n'en rate pas une. J'ai été charmé par ce son doux, sensible, chantant, ses accords timbrés, un contrôle d'une maturité incroyable. Cet homme ne joue plus du piano, il crée des sons et des parfums qui tournent dans l'air du soir.

En bis il à joué un choral de Bach d'un calme tout aussi absolu, d'une beauté encore plus incroyable et est reparti comme il est venu, calme, serain, humble, nous laissant en présence d'un rêve. A la pause, Christina Leistner et moi sommes allé le voir et avons été très agréablement surpris de la gentillesse et la simplicité de ce géant du piano.

La première Symphonie de Mahler est déjà une oeuvre qui contient tout Mahler. J'ai réalisé pour la première fois qu'il utilise la quinte descendante tout au long de cette symphonie en la manipulant et transformant, donnant ainsi à ce thème principal les caractères les plus extrèmes. Mème dans le fameux frère jacques (ou freire jacques) du troisième mouvement on a une quinte montante divisée en deux montées de trois notes et terminant par une quinte descendante. L'orchestre de Sao Paolo est vraiment capable de se déchainer quand il le veut, j'ai été très impressionné par cette puissance dévastatrice que Mahler oppose sans cesse à ces mélodies enfantine, ces moments qui expriment la beauté de la nature, l'amour, les danses folkloriques et juives. A chaque fois que j'écoute une symphonie de Mahler je les comprends mieux et les aiment toujours plus mais j'en ressort aussi plus affecté. Cette musique est géniale mais terrible.

Mahler 4, Nesterowicz debut avec le Tonhalle-Orchester

Michal Nesterovicz à fais son concert de début avec le Tonhalle-Orchester Zürich ce soir en commencant avec une oeuvre de son compatriote Witold Lutoslawski. Il s'agissait de Chantefleurs et chantefables pour laquelle la soprano Olga Pasichnyk s'est joliment distinguée.

Evidemment Lutoslawski ce n'est pas facilement abordable et n'ayant jamais entendu l'oeuvre j'ai eu un peu de peine à apprécier, mais j'ai bien reconnu le syle du compositeur polonais le plus brillant, à mon avis, après Chopin. On en est biensûr très loin mais je fais partie de ceux qui diraient qu'il ne faut jamais hésiter à aller écouter une oeuvre de lui.

Ceci dit en passant, j'ai déjà parlé par le passé du concerto pour piano, que je suis allé écouter au Tonhalle, avec Krystian Zimerman au piano et le même orchestre, qui est génial et que je recommande à tout le monde d'apprendre par coeur.

Après la pause: la 4e Symphonie de Gustav Mahler. C'était la première de la saison, il y aura encore la 1,2,5 et 9 au Tonhalle de Zürich cette saison pour mon plus grand bonheur. La 4 est sans doute la plus connue avec ces clochettes au début qui font penser à un traineau avançant dans la neige. Comme souvent chez Mahler on passe de l'extrème tragique à la naïveté enfantine en quelques secondes et puis tout ça se mélange avec d'autres états d'âmes profonds ne laissant pas le public une seule seconde dans l'ennui.

Il est bien évidemment clair que Mahler est un dieu de l'orchestration, on s'en rend compte à chaque fois qu'on écoute une Symphonie. Nesterovicz est plustôt du genre mesuré et calme contrairement à Bernstein par exemple qui est en train de mourrir à chaque note avec son orchestre qui le suit, sans avoir le choix, dans la mort, d'épuisement. J'ai personellement une préférence pour ce Mahler là mais j'ai été quand-même agréablement surpris de la sensation de calme qu'à fait ressortir Nesterovicz de cette symphonie, terminant le dernier mouvement avec la soprano par un silence qui aurait pu durer une étérnité.