Anne-Sophie Mutter à Zürich

Exceptionnel était ce concert d'hier soir: Jeudi 7 novembre 2013 au Tonhalle de Zürich, Anne-Sophie Mutter et Lambert Orkis, concert de gala au profit de la Stiftung Bruno Bloch! Jusqu'à présent le plus marquant auquel j'ai assisté à Zürich. La salle était comble. Les prix hallucinant des places allant de 350 à 800 francs la place, ce n'était sûrement pas les pauvres de Zürich qui les occupait.

Quand j'entends parler de Mutter je l'associe toujours à Karajan, qui à été son mentor dans sa jeunesse, mais j'ai réalisé ce soir que cette violoniste est devenu au moins l'égal de Karajan autant par sa réputation que par son charisme et l'immense musicienne qu'elle est. Je n'ai jamais entendu une salle de concert aussi silencieuse!

Le récital a commencé par la sonate K379 de Mozart, quelques accords arpègés ont forcé un silence absolu suivi par un accord tout aussi léger au violon. Toute la sonate s'est enchaînée dans une sérénité et une maîtrise telle qu'il était impossible de détourner son attention de cette musique géniale servie par deux musiciens d'une maturité hors pair. Ce Mozart était doux, rêveur, serain. La belle Anne-Sophie Mutter en robe jaune s'est d'entrée de jeu imposée sur cette grande scène vide par sa présence et la perfection de son jeu.

Le programme a été remarquablement choisi, glissant légèrement d'une époque et d'un style à l'autre. La sonate op.45 de Grieg à suivi celle de Mozart contrastant avec celle-ci par son entrée plus dynamique. Tout le lyrisme et le folklore norvégien de Grieg était merveilleusement mis en évidence avec une facilité étonnante de Mutter qui peut tout autant faire preuve de puissance que de douceur sur son violon, toujours avec la plus exacte justesse.

Après la pause nos deux musiciens nous ont emmené dans le monde impressioniste de Debussy avec sa dernière oeuvre, la sonate pour violon et piano en sol mineur. Que de sonorité miraculeuse, d'improvisations, de surprises. La complicité de Mutter et Orkis est vraiment étonnante, surtout dans une sonate qui bouge autant que celle-ci. Tout au long de l'oeuvre ils n'ont fait qu'un: respiration, brefs accelerandos, rubato, les fameux "céder" de Debussy, tout était une seule et même pensée, un seul geste, une seule ligne, une harmonie parfaite.

Et pour terminer ce concert, la sonate que j'attendais avec beaucoup d'impatience, celle de mon compatriote César Franck, la très célèbre et unique sonate en la majeur. J'ai revu défiler les paysages de mon cher et plat pays, sa nature verte, son caractère bien à lui. Le salle entière n'ayant pas bronchée depuis le début du concert, ce silence exceptionel est même descendu encore plus bas lors des pagages pianissimo du troisième mouvement d'une beauté absolue. Toute la salle était en harmonie complète, je n'es suis toujours pas revenu et ce rêve continue à m'habiter. C'est vraiment incroyable à quel point non seulement Anne-Sophie Mutter possède une technique et une justesse sans faille mais est aussi capable des plus beaux pianissimos, forcant mille personne au silence le plus absolu, tout autant que de développer un son riche et puissant remplissant toute la salle de concert.

Après un tonnerre d'applaudissement Mutter et Orkis sont revenus pour trois bis: la première danse hongroise de Brahms qui a beaucoup plu. La méditation de Thaïs qui nous a tous profondément ému. Et pour terminer la deuxième danse hongroise de Brahms suivi d'un standing ovation.

Aucun commentaire: