Sokolov à Zürich

La légende Sokolov, j'avais entendu parler. Mais je ne comprenais pas, bien qu'ayant entendu ces enregistrements live, ce qu'on lui trouvait de plus qu'aux autres grands pianistes. Eh bien c'est à ce concert du vendredi 16 mai 2014, dans la grande salle du Tonhalle de Zürich que j'ai découvert et vécu la le myte Sokolov. Les concerts qui m'ont le plus marqués sont ceux de Krystian Zimerman. A présent j'ai découvert qu'il existe une autre alternative. Aux antipodes tous les deux ce sont des génies du concert comme le devais être Liszt.

Quand j'essaye d'expliquer aux gens que ce concert était un des meilleurs que j'ai entendu, la façon la plus simple de leur faire comprendre ce que j'ai ressenti est de leur dire que je suis resté les yeux fixant le vague, mon souffle quasiment coupé, mon attention ininterrompue pendant 3 heures de concert, capté totalement par chaque son émanant du jeu du virtuose russe. On pourrait dire parfois qu'il en fait trop ou qu'il joue trop lentement, mais personellement j'ai été entièrement convaincu par ses options de jeu. Il garde une telle intensité d'un bout à l'autre de chaque oeuvre qu'il m'était impossible de bouger ou de penser à quoi que ce soit d'autre, et quand on croit qu'il est au maximum il la fait encore monter.

Ce qu'il y a d'extraordinaire aussi c'est que ce pianiste n'a visiblement que faire de son apparence, on ne trouve aucune photo de lui si ce n'est des photos de concert, il ne veut faire aucun enregistrement studio ne voulant pas perdre le spontanéité d'un concert et de ce fait n'a que des enregistrements live, ne fait aucune publicité (tout comme Zimerman d'ailleurs), et arrive malgré tout à remplir entièrement la grande salle du Tonhalle ou l'on avait même ajouté des chaises dans les couloirs et sur scène.

Après chaque oeuvre il se lève salue rapidement et disparait, puis revient simplement resalue et commence à jouer sans se soucier du public. Tout est dans son jeu et exclusivement là, rien à part cela n'a d'importance pour ce pianiste et je pense que c'est une leçon que nous pouvons tous retenir dans cette époque de multimédia et de marketing qui fait des artistes des produits de commerce, des objets victimes du show business.

Il a joué la 3e sonate de Chopin qui est divinement belle et 10 Mazurkas après la pauze. Les 6 bis qu'il à joué étaient les impromptus de Schubert op.90 nos.2,3,4, le Klavierstück D946 no.2, une Mazurka de Chopin et une oeuvre simple et jolie que je ne connais pas. Le public n'en revenait pas, était debout après chaque bis, applaudissant et criant bravo. Ayant commencé à 19h30 le concert s'est terminé à 22h30 et j'ai eu l'impression qu'il s'était écoulé une demi heure!

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