Lohengrin à Zürich

Lohengrin
Mon premier opéra cette saison. Je n'ai pas commencé par le plus façile, car Lohengrin de Richard Wagner est un opéra qui dure plus de quatre heures. Je suis rentré à 17h et ressorti vers 22h, il faut compter deux pauses de 20 minutes. De Wagner j'avais déjà vu Der Fliegende Hollander à Bruxelles et Tannhäuser à Bordeaux et les deux m'avaient beaucoup impressionnés. Finallement je suis en train de les découvrir dans l'ordre car c'est son troisième opéra sans compter les oeuvres de jeunesse. J'avais aussi déjà vu Der Ring des Nibelungen en DVD, la version de Chéreau et Boulez, mais ce n'est pas pareil qu'à l'opéra biensûr!

Contrairement à beaucoup de versions que l'on peut voir sur Youtube ou en DVD, ou je trouve que souvent les chanteurs chantent terriblement mal, avec de larges et gras vibratos ou tout simplement faux, le casting de Zürich était excellent. Car à mon avis Wagner est déjà assez difficile à apprécier quand on ne le connaît pas et le genre de chanteurs que j'ai évoqué en premier le desservent malheureusement plus qu'autre chose, stigmatisant la musique de Wagner par des adjectifs comme "lourd" "pompeux" etc. Ce sont déjà des opéras suffisemment longs et complexes musicalement, il faut vraiment des chanteurs excellent, sinon c'est insoutenable.

Le premier acte est très prennant, la musique est d'un génial absolu, toute la puissance de Wagner est là, son génie est hors du commun, il arrive à des extrèmes émotionnelles sans précédent. Aussi bien l'histoire que les thèmes utilisés (dans l'histoire et musicaux), la musique en accord avec l'action, avec les émotions, les personnages, tout se tient, tout est lié, enchevêtré, tout prends sens, c'est du génie absolu, c'est évident. Dans Lohengrin il y a des passages ou les personnages sont fiers d'appartenir à leur pays, il y a ce genre de patriotisme qui d'un certain point de vue peut sembler ridicule mais d'un autre cöté j'ai senti la force que dégage un tel enthousiasme de masse pour une appartenance commune, ajouté à cela une musique grandiose, l'effet est colossale! C'est une force qu'a Wagner je dois dire, tant que cela reste sur scène à l'opéra...

J'ai trouvé le deuxième acte un peu plus faible et long mais le troisième était de nouveau très prennant (c'est aussi par là qu'il à commencé à composer son opéra). Finallement on ressort toujours avec un tas de sujets et morales à méditer après un opéra de Wagner. C'était un homme peu recommendable, mégalomane et très égoïste mais un génie tout de même avec de grandes idées.

p.s. la première de cet opéra était sous la bagette de Franz Liszt à Weimar et était un grand succès en grande partie du fait de la présence de Liszt...

Lionel Bringuier et Yuja Wang, Tonhalle de Zürich

Ah que je suis heureux de vivre à Zürich. La saison dernière j'ai assisté à 35 concerts et opéras et je dois dire qu'on à vraiment eu une magnifique programmation d'une excellente qualité.

Cette nouvelle saison 2014-2015 vient donc de commencer sur les chapeaux de roues avec deux concerts d'ouverture nous présentant notre cher Lionel Bringuier, nouveau chef permanent de l'Ochestre du Tonhalle de Zürich, Yuja Wang, pianiste en résidence cette saison, elle jouera plus tard dans la saison le 3e de Rachmaninov (avec lequel l'orchestre part en tournée), le 1er de Tchaikovski et un concert de musique de chambre, et Esa-Pekka Salonel de qui nous pourrons découvrir de nouvelles oeuvres tout au long de la saison.

Je ne suis pas particulièrement fan de musique contemporaine mais régulièrement je découvre quelque chose de nouveau en concert et j'en suis souvent très heureux. Ce jeudi 11 septembre c'était la création de Karawane de Esa-Pekka Salonen. Le compositeur était présent et a même travaillé avec Lionel les jours précédants les concerts. Cette oeuvre pour choeur et orchestre de 25 minutes s'est imposée par sa puissance, sa beauté, parfois brutale, parfois très rythmique et cadencée tout en formant un ensemble unique et dense. La technique de battue de Lionel, changant de mesure très souvent dans cette oeuvre ainsi que de tempo, est très impressionnante et précise. Les yeux dans les yeux avec l'orchestre et d'une énérgie sans limite, c'est en effet un véritable Lion, comme l'a introduit Martin Vollenwyder, le nouveau président du Tonhalle-Gesellschaft Zürich, au début du concert.

Le 2e concerto pour piano de Prokofiev est connu pour être un des plus difficile et exigeant du répertoire. Yuja Wang est déjà assez connue pour ce genre de répertoire et particulièrement pour ce concerto qui lui va à merveille et dans lequel elle peut bien mettre en évidence l'énergie débordante et la technique incroyable qui l'ont rendue célèbre.

Il y a des passages d'une immense douceur et d'une beauté harmonique très dense et puis régulièrement d'autres moments plus endiablés. La cadence du premier mouvement par exemple où on à l'impression que tous les éléments de l'univers se concentrent dans ces quelques minutes de folie pianistique pour ensuite éclater dans l'immensité lorsque l'orchestre revient avec de grands accords soutenant les arpèges du piano, donnant l'impression que Lucifer lui même vient de rentrer en grande pompe sur scène. J'en étais pétrifié!

Le moto perpetuo du 2e mouvement n'est pas moins impressionnant, puis les 3e et le 4e mouvements s'en suivent sans nous laisser de repos, surtout le dernier, d'une furreur inouïe, à se demander comment cette petite pianiste chinoise fait pour faire sonner le monstre noir qu'elle a en face d'elle et qu'elle massacre au service de la musique remplissant toute la salle d'une sonorité puissante. J'attends avec impatience les deux autres concertos de la saison!

En bon français et chef d'orchestre Lionel a terminé ce concert par la gigantesque Symphonie Fantastique de Hector Berlioz. Ce dernier était un orchestrateur novateur et était doué d'un génie très particulier. Le titre original étant "Episodes de la vie d'un artiste" il est assez façile de suivre les différentes scènes parcourues de ce thème récurant, appelé l'idée fixe, représentant sa bien-aimée. Les 5 scènes: Rêveries, Un bal (dans laquelle on a pu entendre l'excellente nouvelle harpiste, Sarah Verrue, qui vient d'être nommée à l'orchestre et qui est une compatriote charmante que j'ai eu l'immense honneur de rencontrer), scène aux champs, Marche au supplice et Songe d'une nuit de Sabbat passent par toutes les émotions possibles et immaginables, explorent toutes les possibilités de l'orchestre qui sont immenses pour celui du Tonhalle de Zürich sous la direction de Lionel Bringuier et ont amené le public à une standing ovation clôturant ce magnifique concert, ouvrant cette nouvelles saison de façon extraordinaire et promettant une passionnante nouvelle aventure qui n'a fait que commencer ce soir à Zürich pour le plus grand plaisir des mélomanes zürichois.