Récital d'Aaron Pilsan à Zürich

Ce jeune pianiste autrichien de 19 ans qui a déjà joué dans la plupart des grandes salles en Europe s'est produit ce soir dans la Kleine Saal du Tonhalle. C'était un des concerts de la Série jeunes mis en place pas le Tonhalle de Zürich.

Bien qu'irréprochable, plein d'inventivité et de fougue, la première partie du récital était plutôt en demi teinte. C'était peu-être un sentiment personnel mais quelque chose ne passait pas. Brillante sonate de Haydn, avec des prises de risques amusantes du aux tempi parfois excessifs, suivie de la Wandererfantasie de Schubert toute aussi impressionnante.

Une qualité constante chez Aaron est le son plein et jamais dur de son jeu, mais justement j'aurais bien aimé en avoir de temps en temps de ces sons un peu agressifs qui auraient témoignés d'un peu d'émotions personnelles, ce qui nous auraient plus touché qu'un jeu calculé et de "bon goût".

Entendons-nous bien il ne s'agit ici que d'infîmes détails car nous étions bien en présence d'un immense talent et le récital était de la plus haute qualitée, aucune remise en question à ce niveau là.

Kreisleriana de Schuman qui terminait le récital en était la preuve flagrante. A partir de cette oeuvre j'étais enfin absorbé par la musique. Aaron est jeune est en posséde encore les qualitées qui sont la fougue, le plaisir de prendre des risques, ce qui nous amuse tout autant, et de la franchise.

En bis il nous a annoncé trois valses de Schubert et sous les applaudissements acharnés du public il nous a sorti, en deuxième bis, une oeuvre qu'à mon avis il n'avait pas prévu de jouer ce soir là. Il s'est excusé en disant qu'il espère que l'Andante Spianato et Grande Polonaise de Chopin qu'il allait nous jouer ne serait pas trop long. C'était magnifique, sous les hourras et tonnerres d'applaudissement s'est terminé ce superbe et surprenant récital d'Aaron Pilsan.

David Fray joue le 22e de Mozart à Zürich

David Fray, le pianiste français que l'on à beaucoup comparé à Glenn Gould du fait qu'il se soit fait connaître par son brillant enregistrement des concertos de Bach. Le personage que Fray s'est créé se rapproche aussi un peu de Gould, il chante en jouant tout comme lui, est recourbé sur son clavier, absorbé par son jeu, en dehors de toute réalité quand il joue ou quand il dirige l'orchestre qui l'accompagne dans les concertos.

Ont suivis ensuite du Schubert et des concertos de Mozart, toujours aussi brillant, fin, subtil, doux, d'un sens musical clair et sûr, une autorité incontestable en même temps qu'un calme et une grande douceure. Il est de ces pianistes qui fascinent quand il jouent car l'on se demande tout au long du jeu ce qui est en train de se passer sans jamais vraiment arriver à comprendre.

Ce soir à Zürich il à joué le 22e concerto de Mozart. Ce concerto moins connu que les deux illustres qui l'entourent, à savoir le 21 dont le mouvement lent est sans doute le plus connu de tous, et le 23e dont le mouvement lent et ses grands sauts de mélodies fascinent le monde des pianistes depuis toujours et séduit tous les mélomanes.

Il est sans doute moins connu que les deux autres du fait qu'il est très étrange, plein de surprises et difficile à saisir dans son ensemble. Mozart joue avec la forme, les thèmes, innove sans arrêt, perturbe, surprend, et finallement désoriente l'auditeur par trop de génie. Mais avec du temps et de la patience on finit par mieux comprendre cette oeuvre et même l'aimerer plus que les autres, comme c'est souvent le cas en musique.

Mozart était un des plus grans génies de tous les temps et Fray est largement à la hauteur pour nous le prouver. Comme quoi même quand on est très parisien, avec des airs supérieurs et aristocrates comme ceux qu'il se prête on peut saisir l'essence de la musique d'un génie Autrichien. Ce qui nous ramène toujours à cette même conclusion: la musique est un language universel.