Payare-Vinnitskaya Operhaus Zürich

Rafael Payard
Mon cher premier concerto de Brahms en live dans la magnifique salle de l'Opéra de Zürich. Comme j'aime ce concerto, profond, doux, encore un peu naïf, me rappelant à chaque fois le passage que j'ai lu dans la biographie de Brahms ou sont évoqués ses longues ballades dans les forêts denses de l'Allemagne du Nord. Ce climat rude, froid et enneigé est bien celui du concerto.

Pour ce concerto il est difficile aussi de ne pas penser aux grandes légendes du piano qui l'on enregistrés. Je pense à Gould qui dépasse les 60 minutes ou au jeune Horowitz qui le joue en moins de 40 minutes. Je crois que Anna Vinnitskaya, que je connais grâce à sa victoire au Concours Reine Elisabeth de Bruxelles, à pris le parti de Horowitz, étant russe elle aussi peut-être, c'était un concerto fluide, mélodique, chantant, non dépourvu de force et de puissance quand il le faut. plein d'assurance, de franchise et de panache, la belle pianiste a compétement séduit le public et l'orchestre.

Sans rien enlever à la merveilleuse surprise qu'était le Brahms et Vinnitskaya, la véritable découverte pour moi ce soir était le chef Rafael Payard et la 10e Symphonie de Shostakovich. Je connaissais la 13 et ai du entendre quelques autres sans souvenir précis. On reconnaît très clairement Shosta, ses longues phrases plaintive et chargées de drame et de douleur, les grincements produits par les juxtaposition de tonalités et puis ses grandes progressions rythmées allant jusqu'à la folie furieuse et l'extase extrême. Je ne me souviens pas avoir été autant électrisé, pris d'une émotion indescriptible comme lors du 2e mouvement, court rapide et humoristique, ainsi que le dernier mouvement qui atteint des sommets vertigineux. Les mouvements plus lents avant ne font bien sûr que renforcer cette sensation par le contraste et l'attente qu'ils créent.

Le chef Rafael Payard qui était au service de la pianiste dans Brahms, humble et attentionné, s'est avéré être un genre de démon dansant, emportant son orchestre avec lui dans cette danse infernale qu'est la 10 e Symphonie de Shostakovich. Spectacle et émotions uniques et inoubliables.

La Boheme de novembre 2015 à Zürich

Ca fera maintenant la deuxième fois que je vais voir La Bohème de Puccini à l'Opéra de Zürich. Mon opéra préféré, le plus beau, le plus dramatique, le plus prennent, le plus homogène, passionnant, le plus parfait avec La Flûte enchantée de Mozart, le plus puissant avec Norma de Bellini.

Forcément j'ai comparé avec la première production que j'ai vu en janvier 2014 et j'ai moins aimé la mise en scène cette fois-ci. Il y avait bien une recherche d'être créatif et original mais ça se voyait justement et perdait ainsi son objectif. J'ai trouvé aussi que les chanteurs bougeaient trop peu, surtout dans la première partie, dans le plus beau passage, quand Rodolfo et Mimi se rencontrent: rester les bras le long du corps pendant 15min en chantant son aria je pensais que ça faisait des années qu'on avait compris que ça n'avait que peu d'intérêt scénique et dramatique, surtout à l'époque des films et de la télévision.

Bref, les chanteurs étaient quand même bons, spécialement Guancun Yu dans le rôle de Mimi et Michael Fabiano dans le rôle de Rodolfo. Mais j'ai quand même trouvé que les nuances chez presque tous les chanteurs était soir triple forte ou triple piano, sans nuances entre-deux et de ce fait un léger manque de sensibilité à mon goût.

Mais la musique en soi est tellement géniale et magnifique, l'histoire tellement dramatique et belle que le plaisir d'y assister et d'écouter, de ressentir et de vivre cette histoire en valait la peine sans hésitation. La fin m'arrache encore toujours une larme depuis 10 ans que j'écoute cet opéra régulièrement. Merci Puccini!

Lisa Batiashvili - Sibelius

Le Shéhérazade de Maurice Ravel était intéressent, sans plus pour moi. Je connaissais celui de Rimski-Korsakov avec son thème au violon qui revient à plusieurs reprises. Mais en fait j'étais venu ce soir pour entendre le concerto pour violon de Sibelius par notre nouvelle artiste en résidence Lisa Batiashvili.

Ce concerto est vraiment un des plus beaux du répertoire, mon préféré, et en plus il a la particularité d'être très différent de tous les autres grands concertos comme Brahms, Beethoven etc. Assez éloigné de la musique allemande il a un côté plus exotique pour moi et je m'imagines très bien que cette musique est imprégnée des paysages finlandais, les grands espaces, forêts, et la neige à perte de vue avec le vent et le climat rude des longs hivers nordiques.

J'ai lu que Lisa a joué ce concerto à 16 ans quand elle a gagné le concours Sibelius. La façon dont elle l'a joué ce soir en tous cas était magnifique. De la musique pure, plein de finesse, de virtuosité, de beauté. C'était un concerto très intense.

La 2e symphonie de Brahms était beaucoup sérieuse, nous étions de retour dans l'Allemagne du nord quoique celle-ci soit bien plus dynamique et parfois même joyeuse et claire que d'autres œuvres de Brahms.

Norma - Bartoli - Olvera - Zürich

Bartoli et Olvera. © Foto: Hans Jörg Michel
Il y a dix ans, encore étudiant, habitant à Bruxelles, je vais à la médiathèque chercher deux Opéras pour approfondir un peu ce répertoire. Je choisis Norma et La Bohème. Ces deux opéras me marqueront à vie et je l'ai su dès que je les ai écoutés. C'était comme découvrir qu'il existe un monde parallèle rempli de merveilles insoupçonnées. J'étais sous le choc, obsédé par cette musique, l'écoutant pendant des semaines sans arrêt, me promenant des heures durant en les chantant. En fait ce qui m'a mené à cette découverte, comme pour beaucoup de choses dans ma vie, c'est Liszt. Parmi ses nombreuses paraphrases celle sur Norma m'avait électrisé.

Hier soir, vivant maintenant à Zürich, dix ans plus tard, je vais enfin voir pour la première fois Norma à l'Opéra. Et pas n'importe quelle version, avec Bartoli dans la rôle titre. C'est comme si j'avais été écouter Norma avec Callas le siècle passé. Bartoli est une légende vivante maintenant et elle le mérite. Elle m'a impressionné du fait qu'elle ait relevé l'incroyable pari de chanter Casta Diva en se dégageant de l'ombre immense que Callas à laissé derrière elle dans cet air le plus connu au monde. Elle en a fait un air complètement nouveau, avec une technique complètement différente et c'est à couper le souffle, c'était génial, magnifique, et en plus d'un contrôle absolu comme elle sait le faire mieux que personne.

Dans le second rôle d'Adalgisa j'ai eu un plaisir tout aussi immense de découvrir une voix exceptionnelle de douceur, de clarté, de précision et d'un timbre unique: celle de la soprano mexicaine Rebeca Olvera. Les duos avec Bartoli étaient renversants. J'en ai un souvenir impérissable et ce vibrato court de cette voix de Olvera me reste encore en tête.

J'ai également beaucoup aimé la mise en scène, très originale du fait qu'il ait transposés l'histoire au 20e sous l'occupation allemande au lieu de la Gaule en 50 avant JC occupée par les romains. Le Ténor Osborn et la basse Kalman étaient tout aussi excellent que les deux rôles féminins. Le trio de la fin avec Norma et Pollione condamnés et les chœurs avec Oroveso derrière était comme prévu le point culminant de l'Opéra le terminant ainsi en beauté et laissant une fois de plus un public conquis depuis plus deux siècles grâce à l'immense génie de Bellini.

Falstaff avec Bryn Terfel à Zürich

Pour commencer l'année avec un peu d'humour et de bonne humeur, rien de mieux que le dernier opéra du vieux Verdi de 80 ans: Falstaff! En plus le rôle de Sir John Falstaff est tenu par le grand Bryn Terfel. Cet homme est grand autant de stature que par sa renommée et son talent. Ce rôle lui va comme un gand. On pourrait croire qu'il est tout simplement lui-même sur scène, dans ce rôle comique du noble imbu de sa personne et un peu naïf.

Je suis souvent déçu par les voix de basses trop approximatives et chargées de vibrato, ce qui n'était pas le cas chez Bryn, qui à une maîtrise telle qu'on en oublie qu'il chante et qu'il y a une technique derrière tout ça. On peut vraiment dire que c'était parfait.

L'opéra commence sur les châpeaux de roues: entrée de l'orchestre et des voix directement sans prélude. On a le personnage principale dès le début et on entre tout de suite dans le coeur de l'histoire. Je note au passage la belle mise en scène et les costumes qui étaient très plaisants.

Ceux qui, comme moi,  s'intéressent aux opéras de Wagner et Verdi et qui ne connaissaient pas Falstaff, auront peut-être eu également l'impression que la musique et la façon de traiter les voies et de les marier avec l'orchestre se rapprochait de Wagner. Bien qu'il n'y ait pas d'utilisation de la technique du leitmotiv comme chez Wagner il n'y a pas vraiment eu non plus de grandes mélodies romantiques comme Verdi l'a fait plus souvent auparavant dans Traviata ou Rigoletto par exemple.

Dans Falstaff tout va très vite, il y a beaucoup de texte, parfois beaucoup de voies en même temps et même des fugues. Tout ça en fait un opéra très amusant, comique, dense, inventif, novateur et signe de façon magistrale la dernière oeuvre du grand maître pour terminer sa carrière.

Verdi Traviata Zürich Yoncheva Breslik Kesley

La Traviata de Verdi est probablement l'un des opéras les plus célèbres et dont les airs sont connus de presque tout le monde, que cela soit conscient ou inconscient. L'histoire (basée sur La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils) est tragique, comme très souvent chez Verdi et c'est ce qui fait sa force car de fait personne ne peut y être insensible. La musique qui colle parfaitement à l'histoire accentue encore cette sensation forte au départ et il suffit d'avoir d'excellents chanteurs pour que cela devienne irrésistible et poignant au plus haut degré.

C'était le cas ce soir: Sonya Yoncheva dans le rôle de Violetta, voix puissante, dramatique, avec des accents rappelant parfois la Callas dans les graves dramatiques. Pavol Breslik dans le rôle d'Alfredo n'a plus à prouver qu'il est une super star parmi les ténors. Toujours aussi élégant sur scène et tant de sensibilité allié à une technique sûre et fine. Et pour une fois j'ai adoré une basse dans le rôle du père d'Alfredo, l'incroyable Quinn Kesley. Sa voix puissante, juste et chaude à fait l'unanimité du public qui l'a ardemment applaudi.

D'un bout à l'autre cet opéra donne des frissons, émeut, vous donne des larmes aux yeux. Le sacrifice de Violetta par amour pour Alfredo, le fait qu'elle soit condamnée dès le départ, les duos entre elle et le père qui seulement à la fin de l'histoire se rend compte de ce qu'il lui a demandé et le regrette. Les airs d'Alfredo et Violetta séparément ou ensemble sont parmi les plus beaux du répertoire. Des mélodies uniques incarnant le sentiment amoureux comme jamais. Toutes ces choses et encore tant d'autres détails qui ont bien-sûr leur importance sont les clés de l'immense succès que la Traviata a connu et connaîtra encore longtemps.

C'est une magnifique illustration des scènes de la vie des hommes et de leur complexité, tournant toujours autour de l'inépuisable thème de l'amour, cette force qui dirige notre monde et nous concerne tous sans exceptions, responsable des plus beaux et des plus tristes moments de nos humbles vies. Verdi en était plus que conscient et à su le préserver dans ces deux heures et demie de pure beauté.

Rach 3 - Yuja Wang - Zurich

Après le 2e concerto de Prokofiev, Yuja Wang nous joue au Tonhalle de Zürich l'autre monstre du répertoire des concertos, le 3e de Rachmaninov. Pour terminer la saison on aura le troisième monstre du répertoire, le 1e de Tchaikovsky. Belle palette pour une saison.

Ce concerto connu aussi sous le nom de Rach 3 est une légende pour les pianistes, il fait 40 minutes, le piano à une partie terriblement difficile et ne s'arrête presque jamais. Rachmaninov écrit ce concerto pour sa tournée au USA voulant montrer de quoi il est capable et triompher en tant que pianiste virtuose.

Vladimir Horowitz s'est ensuite fait le champion de cette oeuvre monumentale recevant même l'immense compliment de la part du compositeur qui lui dit qu'il le joue mieux que lui même et que ce concerto est désormais le sien.

Notre artiste en résidence du Tonhalle de Zürich, Yuja Wang, pousse la performance encore plus loin: elle innove tant dans la précision qu'avec de nouveaux éclairages thématiques ou changements de tempi et d'atmosphères très subtiles en parfaite collaboration avec, à la baguette, Lionel Bringhier, notre nouveau chef permanant de l'Orchestre du Tonhalle de Zürich.

Il y a eu des moments de pure folie et d'intensité, les cadances construites en creschendo allant du calme le plus absolu au déchainements de sons et d'accords les plus incroyables. J'étais captivé d'un bout à l'autre du concerto et émerveillé de découvrir que l'on peut toujours proposer une nouvelle lecture d'une oeuvre presque surjouée.

Mozart Figaro Zurich

Après la flûte enchantée le mois passé, les Noces de Figaro ce premier mois de la nouvelle année 2015. Il est sans doute, avec Don Giovanni et le flûte, l'un de trois opéras de Mozart les plus populaires et les plus réussis!

Je ne penses pas que l'on puisse se lasser de Mozart. C'est une réflexion que je me fais de plus en plus souvent, soit en le jouant au piano, soit en écoutant son requiem et ses concertos, ou en allant voir ses opéras.

De ses six derniers opéras majeurs, j'aurai vu maintenant Le Nozze di Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte et Die Zauberflöte. Il me reste encore La Clemenza di Tito (qui me résiste depuis des années) et Die Entführung aus dem Serail (que je connais déjà en grande partie) à voir. Je peux donc dire en connaissance de cause: j'encourage tout le monde de ne jamais hésiter à aller voir un des ces opéras, étant connaisseur ou non. Avec les opéras de Verdi et Puccini ce sont sûrement les plus abordables et les plus réussis dans leur ensemble.

Ce soir j'ai été, une fois de plus, ravi d'entenre Julie Fuchs, notre petite française engagée par l'opéra de Zürich depuis plus d'un an je crois, que j'ai découvert avec émerveillement dans Fidelio et admiré auprès de Batoli dans Alcina. Le rôle de Susanna n'avait aucun de souci à se faire avec une telle interprète.

Mais Julia Kleiter qui à fait son début dans le rôle de La Contessa di Almaviva m'a tout autant séduite. L'air qui ouvre le deuxième acte, Porgi amor, ou elle parle du temps ou Le comte Almaviva et elle s'aimaient encore, était vraiment d'une douceur, une justesse, une beauté incroyable, la salle entière à explosée en applaudissements et ne voulait pas s'arrêter.

Et puis il faut saluer la prestation de Christina Daletska qui, au dernier moment, à remplacé celle qui devait tenir le rôle de Cherubino. Une voix exceptionelle également, avec un magnifique leger vibrato terriblement séduisant.

L'ensemble des chanteurs et l'orchestre étaient biensûr également de la plus haute qualité, inutile de le souligner, ils sont toujours au rendez-vous! Comme je suis heureux de vivre à Zürich et de pouvoir en profiter!