Norma - Bartoli - Olvera - Zürich

Bartoli et Olvera. © Foto: Hans Jörg Michel
Il y a dix ans, encore étudiant, habitant à Bruxelles, je vais à la médiathèque chercher deux Opéras pour approfondir un peu ce répertoire. Je choisis Norma et La Bohème. Ces deux opéras me marqueront à vie et je l'ai su dès que je les ai écoutés. C'était comme découvrir qu'il existe un monde parallèle rempli de merveilles insoupçonnées. J'étais sous le choc, obsédé par cette musique, l'écoutant pendant des semaines sans arrêt, me promenant des heures durant en les chantant. En fait ce qui m'a mené à cette découverte, comme pour beaucoup de choses dans ma vie, c'est Liszt. Parmi ses nombreuses paraphrases celle sur Norma m'avait électrisé.

Hier soir, vivant maintenant à Zürich, dix ans plus tard, je vais enfin voir pour la première fois Norma à l'Opéra. Et pas n'importe quelle version, avec Bartoli dans la rôle titre. C'est comme si j'avais été écouter Norma avec Callas le siècle passé. Bartoli est une légende vivante maintenant et elle le mérite. Elle m'a impressionné du fait qu'elle ait relevé l'incroyable pari de chanter Casta Diva en se dégageant de l'ombre immense que Callas à laissé derrière elle dans cet air le plus connu au monde. Elle en a fait un air complètement nouveau, avec une technique complètement différente et c'est à couper le souffle, c'était génial, magnifique, et en plus d'un contrôle absolu comme elle sait le faire mieux que personne.

Dans le second rôle d'Adalgisa j'ai eu un plaisir tout aussi immense de découvrir une voix exceptionnelle de douceur, de clarté, de précision et d'un timbre unique: celle de la soprano mexicaine Rebeca Olvera. Les duos avec Bartoli étaient renversants. J'en ai un souvenir impérissable et ce vibrato court de cette voix de Olvera me reste encore en tête.

J'ai également beaucoup aimé la mise en scène, très originale du fait qu'il ait transposés l'histoire au 20e sous l'occupation allemande au lieu de la Gaule en 50 avant JC occupée par les romains. Le Ténor Osborn et la basse Kalman étaient tout aussi excellent que les deux rôles féminins. Le trio de la fin avec Norma et Pollione condamnés et les chœurs avec Oroveso derrière était comme prévu le point culminant de l'Opéra le terminant ainsi en beauté et laissant une fois de plus un public conquis depuis plus deux siècles grâce à l'immense génie de Bellini.