Radu Lupu et David Zinman

Le légendaire Radu Lupu, et son petit air de ressemblance avec Brahms, était à Zürich hier soir pour jouer le 24e concerto de Mozart avec l'orchestre de Zürich et son ancien chef permanent David Zinman. J'ai souvent entendu dire que cet homme arrive à créer une bulle autour de lui quand il joue en concert. J'étais donc très curieux de voir enfin en vrai ce que cela signifie réellement. Et en effet, son entrée calme sur scène, faisant de petits pas, prenant son temps pour saluer et s'asseoir au piano, sa grande barbe et son embonpoint lui donne vraiment des airs de Brahms. Je me disais que les gens ayant vu Brahms en concert avaient eu probablement cette vision, ce qui participe au mythe.

Sa façon de jouer correspond à son attitude: il est très calme, bouge très peu, est très concentré, crée des sons magnifiques au piano ainsi que des phrases longues et contrôlées. Ce monde sonore qu'il prend le temps de former autour de lui est cette bulle dont j'avais entendu parler. Sokolov a aussi un peu ce type de jeu. Le temps semble s'arrêter quand Radu Lupu joue. Il comprend Mozart comme probablement peu de gens, c'est clair, il ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, est simplement dans son univers, en train de recréer la musique d'un des plus grands génies de tous les temps et se dédie complètement et uniquement à cela.

En bis il à joué le 2e impromptu D935 de Schubert, tout aussi unique et magnifique.

En seconde partie il y avait la 5e symphonie de Bruckner qui dure une heure. C'était long! L'orchestre de Zürich est toujours aussi bon ainsi que David Zinman, mais très honnêtement je n'arrives pas encore à apprécier cette musique. La 7e symphonie est un peu plus facile d'accès pour moi, les autres sont encore un peu un mystère. Mais c'est quand même très impressionnant à entendre en concert à cause de l'utilisation fréquente des cuivres et de l'orchestre entier.

1 commentaire:

Thérèse Français a dit…

Apparemment la 5e de Bruckner demande un chef particulier: Herbert Blomstedt (pas tout jeune!!) vient de la diriger avec l'orchestre du NDR à l'Elbphilharmonie: il paraît que c'était... magique (j'en ai du reste regardé un extrait, ainsi que l'interview qu'il a donnée à propos de cette 5e)
Quant à Radu Lupu, c'est un immense pianiste, j'aime bien la comparaison physique avec Brahms ! Je l'ai entendu à Hambourg, il y a quelques années. Pour ma part, je le trouve plus émouvant que Sokolov - ce dernier plus intellectuel, avec visiblement un travail sur chaque son, alors qu'ils semblent couler spontanément chez Lupu.
Nikolaï Demidenko disait de Lupu: "même quand il est mauvais, il est le meilleur"!