Casse noisette de Tchaikovski a Zurich

J'ai vu une fois à Bruxelles le Casse noisette avec une mise en scène classique et une chorégraphie très classique aussi, et je n'avais vraiment pas aimé, ce qui m'avait un peu éloigné du Ballet. Mais depuis que je vis à Zürich je suis allé déjà quelques fois au Ballet et y ait découvert les ballets de Christian Spuck, notre directeur du Ballet de Zürich, j'ai commencé à vraiment aimer car ceux de Spuck et de ces collègues sont modernes, amusant, plein d'humour, nouveaux, bref: toujours très divertissants!

La musique de Tchaikovsky est tellement connue que ce n'est même pas la peine d'en parler je crois, si ce n'est que pour préciser que même en étant tellement connue et en l'ayant entendu tellement souvent on ne s'en lasse quand même jamais. C'est du prodige!

Les mouvement typiques auxquelles on reconnait les chorégraphies de Spuck étaient bien au rendez-vous ce soir et pour notre plus grand plaisir. Les costumes étaient aussi superbement bien faits. Et j'ai été surpris de voir à quel point le public de ce soir était si impliqué, si bien habillé, assez jeune, et tellement emballé par le Ballet entier. En général le public des Ballets à Zurich est assez enthousiaste mais ce soir ils l'étaient encore plus. Les danseurs et toute l'équipe derrière l'ont bien mérités je dois dire!

Certains effets comme les souris à taille humaine et leur chorégraphie étaient très impressionnants! Les touches d'humour comme l'on peut voire sur la photo étaient aussi bienvenus, sans éxagération et tout en finesse. Vivement le prochain!

Anniversaire de Liszt

Hier, dimanche 22 octobre 2017 c'était les 206 ans de la naissance de Franz Liszt. Jour parfait pour aller a ce concert à l'Opera de Zurich avec au programme Les Préludes et le 1e concerto de Liszt et le concerto pour orchestre de Bartok. Alain Altinoglu à la baguette et Lise de la Salle au piano.

Le poème symhonique de Liszt Les Préludes est la première oeuvre que j'ai entendu en concert quand j'avais 12 ans, ma grand-mère m'ayant amenée à mon premier concert. Frank Braley avait joué le 2e de Rachmaninov ensuite. C'est une oeuvre assez célèbre de Liszt, utilisé dans beaucoup de films et dont le thème est un de ceux que l'on retient facilement. Liszt en compositeur symphonique est toujours très majestueux et grandiose.

J'avais un jour entendu un enregistrement de Mazeppa par Lise de la Salle et bien que n'aimant que peu de versions de cette oeuvre celle-ci m'avait beaucoup impressionné. Elle nous a confirmé ce soir sa force et virtuosité assez étonnante pour une si petite femme. Très lyrique aussi et orchestral est son jeu dans Liszt. Le public en tous cas était complètement conquis, les applaudissements étaient assez nourris et son bis, un Lieder de Schumann transcrit par Liszt adéquat et merveilleux.

Bartok c'est une autre paire de manches. Souvent très rythmique et peu évident d'accès, quelques passages du concerto pour orchestre éveille quand même l'attention. Surtout le finale ou les cordes ont du transpirer au concert et travailler pas mal en amont. La direction de Alain Altinoglu est assez intéressante aussi, il est dynamique et concentré, soucieux de communiquer avec son orchestre et se donne a fond, ce qui doit inspirer l'orchestre d'autant plus.

Magnifique concert donc pour célébrer cet anniversaire de Liszt avec Bartok comme héritier évident.

Dutoit - Piemontesi - Zurich

Charles Dutoit - Photo: Priska Ketterer
Charles Dutoit était hier soir à Zurich pour diriger le 3e concerto de Beethoven avec Francesco Piemontesi au piano et en deuxième partie la 15e et dernière symphonie de Shostakovich. Un de mes disques préférés est la 3e symphonie de Saint-Saens avec Dutoit. Depuis je l'ai entendu dans cette oeuvre une fois live au Tonhalle de Zurich et c'était vraiment magnifique. On connaît bien sûr aussi Dutoit en tant que mari de Martha Argerich et pour les concerts qu'ils ont fait ensemble.

Hier soir dans Beethoven il était très paternel (dans le bon sens) avec le jeune Piemontesi, que je connais depuis qu'il s'est fait remarquer au Concours Reine Elisabeth de Bruxelles dans du Mozart. Piemontesi n'est pas un pianiste virtuose et ne veut clairement pas l'être. Belle preuve de courage, d'originalité, de personnalité et de modestie. De ce fait il est assez persuasif dans Mozart et Beethoven, même bien plus que la plupart des pianistes. Le 3e de Beethoven était superbe, plein de finesses, bien réfléchi, avec quelques touches très intelligentes et originales. Et le mouvement lent d'une sonate de Mozart comme bis à imposé dans la salle une atmosphère calme et sereine propice pour apprécier chaque note de cette musique géniale de simplicité.

La dernière Symphonie de Shostakovich commence par un premier mouvement très diversifié, plein d'humour et de rythme. Les trois suivants se tirent un peu en longeure. C'est le genre d'oeuvre qu'il faut presque connaître par cœur pour en apprécier pleinement sa puissance et je suis sûr qu'elle y est, bien cachée et pas simplement accessible à tout le monde. C'est ce que j'aime dans la musique et l'art. Il faut se donner de la peine avant de pouvoir profiter de la récompense. Enfin le final était de nouveau surprenant et amusant, assez calme et signe l'oeuvre symphonique de Shostakovich par un de ces traits les plus caractéristiques à mon avis: l'humour. Bien que ce ne soit aucunement visible quand on voit des photos du compositeur...!

Jewgeni Onegin de Tschaikowski

Premier opéra de la saison à Zurich et cette fois-ci on commence avec les russes. Musique russe, littérature russe, chanté en russe, l'histoire se passe en Russie, la totale. Belle échappée dans le monde passionné et dramatique slave.

Je ne connaissait ni la musique ni l'histoire mais les deux m'ont profondément enchanté. La musique est vraiment incroyablement dense et émotive ou dramatique. Tchaikovski et son habitude de répéter ses thèmes de nombreuses fois en font très rapidement des mélodies obsédantes qui ne vous lâchent plus et en augmentent la passion. La musique traduit et renforce aussi énormément les émotions et le cours de l'histoire qui se développe sous vos yeux. Comme Rachmaninov il utilise ses thèmes en le faisant glisser et se transformer sans arrêt dans tous les sens, genre de métamorphose constante de la musique.

L'histoire de Pushkine est également superbe et inattendue, une histoire d'amour compliquée assez habituelle, des personnes qui en aiment d'autres mais ne sont pas aimés en retour, une rivalitée entre amis pour une femme qui mène à un duel et la mort de Lenki avant le dernier acte laissant Onegin à sa vie insatisfait.

Les deux rôles masculins étaient excellents. Pavol Breslik est taillé pour jouer Lenski, tout est géniale, voix, technique, émotions, jeu d'acteur, intensité dramatique, apparence, langage corporel, la grande star. J'ai également adoré Peter Mattei en Onegin, quelle voix sublime, douce et naturelle! Impressionnant!

Le quotidien d'un pianiste à Zurich

Beaucoup me disent que j'ai de la chance de vivre de ma passion et de pouvoir disposer de mon temps comme je le souhaite et c'est vrai. Mais ce que la plupart ne savent pas c'est le revers de la médaille de ce type de vie d'indépendant. Certes je me lève quand je veux et vais me promener quand l'envie m'en prend et si un jour je ne veux pas travailler au piano je peux prendre un jour de congé. Mais il faut de la discipline pour se lever tous les matins et se mettre au piano, il faut arriver à installer cette routine quotidienne. Il faut avoir également de la discipline pour continuer à travailler tous les jours au piano peu importe qu'il y ait bientôt un concert ou non. Il faut être organisé pour structurer sa journée entre les périodes de travail au piano, les cours et les moments de détentes. Il faut sans arrêt penser à de nouveaux projets, aux programmes des prochains concerts, au temps qu'il faudra pour les préparer et évaluer si on en dispose d'assez. C'est une vie terriblement aléatoire dans laquelle il ne faut jamais perde le cap.

Il y a aussi l'insécurité financière: qui sait combien on gagnera l'an prochain ou le mois prochain, combien de concerts on aura, combien on gagnera pour un tel concert? Ce n'est jamais défini ni stable. De plus le travail au piano demande un certain calme intérieur qui est difficile à trouver quand on doit s'occuper d'un milliers d'autres détails de la vie quotidienne et donner des cours. Sans parler de cette solitude permanente du matin au soir, seul face à cet instrument d'ou il faut sortir des sons magiques et accomplir des prouesses. Le contact humain est quasi absent de la vie d'un pianiste et puis soudainement on se retrouve face à une foule de gens, le public avec qui il faut arriver à communiquer et avec qui il faut être naturel et jovial après un concert. Ce sont deux extrêmes très difficiles à concilier.

Le grand pianiste et compositeur Camille Saint-Saens disait que le pianiste est une bête de travail, esclave de son piano. Et en effet, le fait de devoir travailler plusieurs heures de piano chaque jour de l'année est en effet assez contraignant, et le fait de diminuer légèrement cette cadence se fait ressentir tout de suite dans les capacités qu'on a à maîtriser l'instrument. Au plus on y travail, au plus on le maîtrise et on peut s'exprimer plus librement dessus. On devient donc très vite l'esclave d'un sommet atteint un jour ou l'autre duquel on ne peut ou ne veut plus descendre sans parler d'éventuels nouveaux sommets qu'on pourrait encore atteindre.

C'est donc un mode de vie assez difficile et très sous estimé. Il faut vraiment être fait pour ça et un peu fou de piano dès le départ pour vouloir se lancer là dedans. Mais quand c'est le cas, pour rien au monde on changerait pour n'importe quel autre travail. Car les trésors de beauté des chef-d'œuvres que l'on travaille et avec lesquels on vit au quotidien, qu'on à rien que pour soi, avec lesquels on évolue de nombreuses années et le plaisir qu'on a ensuite à les exposer au public avec qui l'on partagera un court moment ces émotions indescriptibles, est un privilège immense et un bonheur irremplaçable.

Anne-Sophie Mutter dans Bruch à Zurich

La dernière fois que je l'ai entendu c'était au Tonhalle lors d'un concert de charité dans un programme de musique de chambre avec Orkis. C'était magnifique! Cette fois-ci c'était avec orchestre, celui de l'Opéra de Zurich sous la direction de Luisi. Super chef par ailleurs!

L'oeuvre de Takemitsu ne m'a pas convaincue je dois dire. J'ai joué du Takemitsu au conservatoire que j'avais bien aimé par contre.

Le concerto de Bruch, bien connu, était assez fin et mené de façon très personnelle comme Mutter à l'habitude de faire. C'est bien-sûr une grande star, ça se voit, ça s'entend, le public le sait, tout le monde le sait. J'ai personellement préféré son concert au Tonhalle. J'aurais plutôt aimé l'entendre dans le concerto de Brahms peut-être. Car Bruch m'a un peu laissé sur ma faim.

La 4e symphonie de Brahms était comme attendue, grande, magnifique, majestueuse, grandes phrases mélancholiques aux cordes, toujours cette impression de se trouver devant un immense temple grecque aux dimensions parfaites, contruit pour un dieu grand et puissant comme Zeus.

La Boheme de Puccini à Zurich

La Bohème de Puccini, je ne m'en lasserai jamais, c'est toujours l'opéra le plus romantique que je connaisse, le plus parfait, le plus beau, le plus prenant, celui qui me donne le plus de frissons. Toujours cet air très attendu de Rodolfo où il explique qu'il est poète et qu'il vit de de son art n'ayant rien. Ce soir encore Benjamin Bernheim m'a compètement conquis. Cette voix tellement juste et tellement puissante. J'ai pensé plusieurs fois à cette impression de facilité que Pavarotti donne quand il chante et surtout même dans les aigus, car c'est aussi l'impression que donne Bernheim. Mimi était magnifique aussi dans son rôle tenu par Eleonora Burrato. Le duo était parfait.

Cet opéra est si bien du fait aussi qu'il ne soit ni trop court ni trop long, soit 2h30. La division en 4 parties est parfaite. La rencontre de Rodolfo et Mimi. La sortie dans le quartier latin. La séparation sous la neige. Les retrouvailles et la mort pour finir. C'est clair, condensé et varié. Les thèmes du début reviennent à la fin pour fermer la boucle.

En plus du passage magnifique ou les deux se rencontrent au début, il y à la fin, quand cet accord de septième arrive au moment ou Mimi rend son dernier soupir et annonce sa mort, Rodolfo ne l'ayant pas encore compris. Puis cette mélodie dramatique soutenue par des accords en noires et Rodolfo déchiré par cette perte. Un des moments le plus prenants de l'Opéra.

Mahler 6 avec David Zinman

J'essaye de ne jamais rater une symphonie de Mahler en live quand c'est possible car ces oeuvres plus que bien d'autres sont des oeuvres de concert. L'énorme orchestre de Mahler ainsi que toutes les nuances et orchestrations diverses qui font la richesse de ses symphonies ne passent pas aussi bien en CD qu'en vrai. Je me souviens bien de la 1 et la 9 au Tonhalle.

La 6e est surnommée "Tragique" car Mahler y aurait eu la prémonition de son destin en écrivant trois coups de marteaux dans le dernier mouvement qui se concrétiseront un an après la création de l'oeuvre par la mort de sa fille, sa démission forcée de l'Opéra de Vienne et le diagnostic d'une maladie de coeur incurable.

Le premier mouvement est très rythmique et mouvementé, passionné même. Le scherzo qui suit est un scherzo typique, genre d'entracte reprenant un peu les émotions du premier. Le troisième mouvement qui est lent est une longue pleinte ou angoisse silencieuse. Et puis le très long dernier mouvement que je connaissait moins est bien empreint des emotions les plus terribles, allant de la peur aux angoisses extrèmes en passant par le désespoir, la fureur, la résiliation. Ce mouvement n'en termine plus, à croire que Mahler avait peur de le terminer craingant peut-être une concrétisation de ce qu'il ressentait dans la composition de cette 6e symphonie.

Il aura quand même le temps d'en composer encore 4 autres après qui ne seront d'ailleurs pas moins angoissées mais il faut dire aussi que ce théme principal est déjà présent dans sa première symphonie. Les artistes doivent-ils souffrir pour faire leur art ou souffrent-ils de leur art? Chez Mahler comme chez beaucoup d'autres je ne suis pas sur que l'on puisse faire la distinctoin entre l'une ou l'autre thèse. Cette ambiguité entre la vie du compositeur et son oeuvre est sans doute ce qui la rend si vivante et prenante.

Nous avons eu le plaisir immense, et je parle pour le public de Zürich, c'était clairement visible et audible au concert lors des applaudissements, de retrouver notre cher ancien chef titulaire de l'Orchestre du Tonhalle: David Zinman. Toujours au top de sa forme et servant Mahler de façon exceptionelle.

Lucia di Lammermoor Zürich

Premier opéra de Gaetano Donizetti que je vais voire live. C'est sans doute son plus connu. Et la scène de la folie de Lucia est très célèbre aussi, surtout auprès des soprano colorature qui peuvent ainsi montrer leur voix exceptionellement aigues.

J'ai particulièrement bien aimé la mise en scène. Simple, ni surchargée ni vide, avec de beaux changements de lumières qui créent différentes atmosphères. La soprano Verena Gimadieva qui chantait le rôle de Lucia était vraiment superbe aussi. Une belle maitrise de sa voix et très musicienne et une présence très naturelle et agréable. Et chapeaux pour son saut de plusieurs mètre sur un matelas doublé d'une roulade, faut oser!

On présent bien Verdi et Puccini dans la musique de Donizetti. Avec un peu plus de classicisme, moins osé et modernes que ces successeurs, ce qui est tout à fait logique. Mais la scène de la folie est quand même une exception question modernité. Quand on y pense: laisser chanter une soprano colorature si longtemps seule, la laisser improviser toute une partie et le théme de la folie traduit en musique, c'est finallement très moderne. Pour l'époque ce devait être exceptionnel quand on pense que Donizetti est né en 1797!

Bref, opéra très réussi, performance à la hauteur des attentes Zürichoises, qualitée toujours au rendez-vous, c'est toujours un plaisir.

Anna Karenina Ballet Zürich

C'est la deuxième fois que je vois ce ballet à Zürich. La première fois le rôle d'Anna était tenu par Viktorina Kapitonova. Cette fois-ci c'était l'allemande Katja Wünsche qui tenait le rôle. La différence n'est pas flagrante, les deux sont d’exceptionnelles danseuses et très expressives. On pourrait croire qu'une russe serait plus crédible dans cette histoire de Tolstoï et se passant en Russie mais Katja à plus que bien fait l'affaire.

Comme la première fois j'ai été séduit au plus haut niveau par la musique, sans doute parce que je suis musicien et parce que les œuvres choisies font partie de mes préférées. Il y avait un des Moments musicaux de Rachmaninov, les 3e et 2e mouvements du 2e concerto, le fameux prélude op.2, un autre prélude pour piano, des mélodies pour voix et orchestre, bref que des bijoux de Rachmaninov, très judicieusement choisis pour ce ballet. J'était tellement touché par la musique qu'à certains moments je ne regardais même plus le ballet, ou que d'un oeuil, ce qui n'à rien à voire avec la qualité du ballet, c'est juste que pour moi la musique était tellement forte qu'elle prenait le dessus sur le visuel, et ça m'est arrivé les deux fois que j'ai vu le ballet.

L'histoire de Tolstoï est très longue et complexe, et donc difficile à résumer en deux heures. Cependant l'histoire était claire, les événements principaux et leurs personnages étaient là, les décors et costumes superbes et les chorégraphies de Spuck me plaisent toujours autant. Le choix du concerto pour piano de Lutoslawski était d'ailleurs très approprié pour les passages plus tendus et dramatiques du ballet, là où la douleur ou le mal-être ont besoin d'une musique plus dissonante ou agressive pour soutenir l'atmosphère générale du moment.

Cela donne envie de lire ou relire le roman en tous cas.