Mahler 6 avec David Zinman

J'essaye de ne jamais rater une symphonie de Mahler en live quand c'est possible car ces oeuvres plus que bien d'autres sont des oeuvres de concert. L'énorme orchestre de Mahler ainsi que toutes les nuances et orchestrations diverses qui font la richesse de ses symphonies ne passent pas aussi bien en CD qu'en vrai. Je me souviens bien de la 1 et la 9 au Tonhalle.

La 6e est surnommée "Tragique" car Mahler y aurait eu la prémonition de son destin en écrivant trois coups de marteaux dans le dernier mouvement qui se concrétiseront un an après la création de l'oeuvre par la mort de sa fille, sa démission forcée de l'Opéra de Vienne et le diagnostic d'une maladie de coeur incurable.

Le premier mouvement est très rythmique et mouvementé, passionné même. Le scherzo qui suit est un scherzo typique, genre d'entracte reprenant un peu les émotions du premier. Le troisième mouvement qui est lent est une longue pleinte ou angoisse silencieuse. Et puis le très long dernier mouvement que je connaissait moins est bien empreint des emotions les plus terribles, allant de la peur aux angoisses extrèmes en passant par le désespoir, la fureur, la résiliation. Ce mouvement n'en termine plus, à croire que Mahler avait peur de le terminer craingant peut-être une concrétisation de ce qu'il ressentait dans la composition de cette 6e symphonie.

Il aura quand même le temps d'en composer encore 4 autres après qui ne seront d'ailleurs pas moins angoissées mais il faut dire aussi que ce théme principal est déjà présent dans sa première symphonie. Les artistes doivent-ils souffrir pour faire leur art ou souffrent-ils de leur art? Chez Mahler comme chez beaucoup d'autres je ne suis pas sur que l'on puisse faire la distinctoin entre l'une ou l'autre thèse. Cette ambiguité entre la vie du compositeur et son oeuvre est sans doute ce qui la rend si vivante et prenante.

Nous avons eu le plaisir immense, et je parle pour le public de Zürich, c'était clairement visible et audible au concert lors des applaudissements, de retrouver notre cher ancien chef titulaire de l'Orchestre du Tonhalle: David Zinman. Toujours au top de sa forme et servant Mahler de façon exceptionelle.