Quatrieme fois que je vois La Boheme a Zurich

Voici une expérience intéressante que je conseille à tout le monde pour apprécier l'Opéra encore plus que vous ne le faites déjà. Au plus on voit ou écoute un opéra, au plus on l'aimera, c'est une règle générale pour la musique mais surtout pour l'opéra, qui est très complexe, long et spécifique.

Ma première Bohème de Puccini à Zürich était avec Nello Santi comme chef en 2014, magnifique!

La deuxième, en 2015, était la même production que cette fois-ci, avec Guancun Yu dans le rôle de Mimi et Michael Fabiano dans le rôle de Rodolfo, très bien aussi.

La troisième, 2017, toujours la même production, mais avec Benjamin Bernheim dans le rôle de Rodolfo qui m'avait particulièrement séduit.

Cette fois-ci, octobre 2018, la quatrième, avec Guancun Yu de nouveau, toujours aussi exceptionnelle, mais Bernheim ayant un problème de voix était bien sur scène mais doublé par l'incroyable David Junghoon Kim qui devait sans doute faire cette soirée au pied levé car il était sur le côté avec la partition.

Quelle voix et quelle puissance incroyable que celle de David Junghoon Kim, une révélation pour moi et un vrai tour de force de remplacer une voix comme ça sur le côté sans participer à l'action et probablement avec très peu de temps de préparation. La combinaison des deux chanteurs asiatiques était encore plus impressionnante! C'était une de ces représentations bénies ou l'on a les larmes aux yeux et la chaire de poule du début à la fin de l'opéra.

Encore une fois je voudrais insister sur le fait que, même si c'est possible lors d'une première écoute, cela est difficile de ressentir de telles émotions sans connaître l'Opéra quasi par cœur. J'ai joué cet opéra d'un bout à l'autre pour moi de nombreuses fois, l'ai écouté dans différentes versions encore plus de fois et vu en dvd ou sur youtube ainsi que d'innombrables fragments. Tout cela me donne une connaissance profonde de cette oeuvre, à la base parfaite et géniale, et de ce fait une des plus grandes satisfaction émotionnelle, physique et intellectuelle que l'on puisse imaginer à chaque fois que je l'écoutes!

L'art se cultive, demande du temps, du travail, de la curiosité, de l'engagement et plein d'autres choses, et les récompenses sont immenses, indescriptibles, uniques, divines!

Mon combat contre la médiocrité

Le combat contre la médiocrité était l'un des grands de Victor Hugo qui disait que tous les maux de la terre viennent de l'ignorance des gens. Pour ceux, d'ailleurs, qui ont eu le courage de lire! Les Misérables en entier et concentrés, ce livre décrit ces méchanismes de façon géniale! Brel disait également que le pire dans ce monde est la bêtise!

Je n'ai rien contre les professeurs de Yoga en particulier mais je voudrais mettre en lumière quelques petits détails que la plupart ignorent sans doute:

 Je viens de voir que l'on peut avoir un diplôme de professeur de Yoga après 200 heures de pratique. C'est en me comparant aux professeurs de yoga et autre coach divers qui s'improvisent professeurs que certains trouvent les cours de piano trop chers ou estiment que les concerts devraient être gratuits. Car beaucoup s’imaginent en effet que j'ai commencé le piano il a 200 heures. Après 200 heures de piano la plupart des gens savent à peine jouer une version améliorée de frère jacques aux deux mains et rarement sans fautes.

L'éducation d'un musicien professionnel (et j'insiste sur la différence avec le musicien du dimanche qui fait quelques accords sur sa guitare et épate d'habitude autant les gens, je reviendrai la dessus plus tard) commence en général, comme dans mon cas, à la naissance, voyant et écoutant son papa jouer du piano pendant des heures, et écoutant activement ou passivement des heures par jour de musique commençant ainsi l'assimilation d'un langage en soi.

Un pianiste de 35 ans qui commencerait comme la plupart vers 5 ans aurait donc 30 ans d'éducation musicale active à l’instrument et 35 ans passif. 30 ans de piano ça peut faire facilement 30.000 heures de piano et dans les 120.000 heures a faire quelque chose en rapport avec la musique: concerts, cours, écoute, lecture, etc Quand on veut devenir musicien professionnel on passe donc la plupart de ses soirées après l'école au cours de piano 1 ou 2 fois par semaine, au cours de solfège et au cours de musique de chambre minimum et les autres soirs on travaille à la maison pour préparer les prochains cours. Les vacances scolaires et d'été sont bien souvent aussi passées en grande partie à des stages de musiques ou à travailler un examen d'entrée ou autre concours à la rentrée pendant que les autres jouent dehors. Je suis bien heureux de l'avoir fait et ne me plains pas le moins du monde (sauf pour les heures de solfège, haha), au contraire, mais c'est aussi un investissement de temps à prendre en compte.

Ensuite il y a l'investissement financier des parents et du musicien pus tard. Des cours de piano de 5 à 25 une fois par semaine ça revient a 60.000 francs en suisse pour des cours privés et l'achat d'un instrument pour un enfant entre 5.000 et 15.000 disons. L'achat d'un instrument pour un pianiste professionnel est entre 20.000 et 180.000 pour son piano et je ne parle même pas des musiciens d'orchestre qui ont des violons a 700.000! Faites la somme, ça tourne autour de 85.000 - 850.000 francs/euros... Certains auraient pu investir ça dans un château dans le sud de la France...

Bref, quand on pense donc aux 200 heures du prof de yoga qui se fait payer quasiment la même chose qu'un musicien, ou lorsque un banquier me dit qu'il a trouvé des cours de piano a moitié prix chez un étudiant je désespère par fois face à l'ignorance et la bêtise. La plupart des gens préfèrent aussi un concert de gros amateurs comme Einaudi et trouvent cela bien plus beau qu'un concerto de Mozart qui est trop compliqué et ennuyeux à leur goût, mais tout ceci n'est que le résultat de leur propre manque d'éducation et ignorance. Tout le monde veut des maisons et des voitures chères et de qualité mais l'art peut être bon marché et de qualité médiocre car peu savent faire la différence. A qui la faute.

A part le sport ou la danse de haut niveau je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de métiers qui demandent autant d'investissement, en temps, en travail et financier, que le métier d'artiste. Et les artistes sont souvent les gens les plus pauvres dans une société. Je n'ai pas à me plaindre de ma situation car je me suis battu comme un chien enragé pour avoir une qualité de vie mais il y a des jours je me dis que je mériterait bien plus le salaire de 4 millions par an de certains qui n'en foutent pas une.

Dans une société qui se veut méritocratie il serait logique que les artistes soient parmi les gens les mieux payés, considérant en pus que leur rôle est de rendre notre monde plus beau et que l'art a pour rôles principaux le bien-être des gens, donner un sens à nos vies ainsi qu'éduquer nos esprits alors que la plupart des métiers les mieux payés qui ne font finalement souvent que pervertir, corrompre et détruire cette société! Ceci dit je ne fais qu'appliquer les principes de cette sus-dite sociétés méritocratie en disant cela. Personnellement je ne souhaite pas m'enrichir mais bien éveiller les consciences et encourager les gens à se cultiver, rester curieux et valoriser l'art et les artistes!

Comme disait Brel: je persiste et signe: Je m'appelle Sebastien Dupuis!

Berg - Mahler au Tonhalle Maag

Photo: Marco Borggreve
Premier concert de la saison 2018 - 2019 au Tonhale Maag, la salle temporaire de Zurich le temps que la permanente soit restaurée. Cette saison la violoniste Janine Jansen est notre artiste en résidence. Elle commence sa saison par le concerto pour violon de Aban Berg, discipe de Arnold Schönberg, formant tous deux avec Anton Webern la nouvelle école de Vienne qui furent en rupture avec le système tonal de la musique des siècles passés et créèrent un nouveau système qu'est le dodécaphnisme. Pour tout le monde, sauf quelques hyper spécialisés en musique classique contemporaine, ce language musical sonne comme cahotique et non mélodique. Personellement je ne suis pas un adepte mais j'y reconnais une certaine beauté mathématique disons. Bref, commencer sa saison avec ce concerto est assez osé de la part de Jansen.

Depuis plus de 10 ans j'écoute et réécoute régulièrement, méthodiquement et assidument les 10 symphonies de Mahler. Les premières années j'ai découvert assez rapidement et relativement facilement les 5 premières. Les 6 et 7 ont eu besoin de quelques années en plus. La 8 m'est toujours assez étrange et la 9 et la 10 ont un charme sombre et désespéré qui les rends plus accessibles que la 8. Ces dernières années je les écoute plus facilement et commence à comprendre leur language complexe. Le rythme est très compliqué et de nombreuses voix se mèlent ce qui ne rend l'écoute pas reposante. Bien qu'ayant été d'abord étonné du tempo rapide et assez plat que prenait le chef Jukka-Pekka Saraste, j'ai finallement bien aimé l'oeuvre d'un bout-à l'autre malgré les 90 minutes de musiques.

Pollini à Zurich

Lundi 12 février je suis allé écouter pour la première fois Maurizio Pollini en concert. C'était au Tonhalle Maag de Zurich, qui es la salle provisoire le temps qu'il restaurent le Tonhalle près du lac. Je n'ai jamais été un grand fan de Pollini même si je reconnais que c'est un des plus grand pianiste vivant. Ce qu'on lui reproche souvent, c'est-à-dire un jeu froid, est également ce qui me dérange chez lui. D'un autre côté quand j'écoute ses enregistrements je me dis toujours que c'est parfait, qu'il n'y a rien à dire, que c'est sans doute la facon la plus honnête de jouer. Mais il me manque toujours quelque chose de personnel dans son jeu.

Ce soir il jouait deux petites pièces de Schuman suivi de la 3e sonate. Cette sonate est longue, difficile et impressionnante. Je dois avouer que pour la première fois j'ai trouvé le jeu de Pollini enfin doté de cette touche personelle. Mais de l'autre côté j'ai aussi pensé qu'il devenait vieux et avait perdu maintenant de cette précision et perfection d'avant. Bref, on ne peut pas tout avoir et la musique était magnifique et magnifiquement rendue, c'est ce qui compte.

La deuxième partie avec deux nocturnes et la 3e sonate de Chopin était superbe aussi. Cette sonate est ma préférée, particulièrement le mouvement lent. J'ai entendu Sokolov dans cette sonate l'an passé ou avant et en ai gardé une impression beaucoup plus forte que la version de Pollini.

Donc pour résumer, c'était un super concert, j'étais heureux de l'avoir entendu une fois en concert mais ce n'est toujours pas mon pianiste préféré.